Création et guérison | Guérir par la beauté

Le besoin de se guérir et de guérir, traverse toute l’histoire de l’Humanité...

Guérison et guérisseur

Sorciers, rebouteux, exorcistes, chamanes, druides, marabouts, etc… sont reliés à la maladie et à la guérison par d’autres systèmes de connexion et de croyance que les nôtres.
• Les guérisseurs talentueux et bienveillants existent et guérissent par leur sincérité et l’amour qu’ils apportent à leurs clients. Ils savent souvent redonner le goût d’être vivant. N’est-ce-pas l’essentiel ? Oui, les psychopathes existent et sévissent, mais ils ne sont pas que dans ce milieu, et si leur présence nous incite à une prudence légitime, leur condamnation ne doit pas servir de vivier à une culture intéressée de la peur, et tendre à servir les intérêts d’une élite tyrannique et sectaire, sujette à stigmatiser les initiatives qui participent en toute liberté au brassage des cultures et à l’évolution de la société.
• La science a fait des progrès prodigieux sur le plan de la guérison grâce aux expériences audacieuses de chercheurs inspirés, mais aussi des dissidents et d’apports venus au-delà de l’occident.
• Freud a fait avancer les recherches en posant les bases de la psychanalyse et la notion d’inconscient, et son dissident Carl Yung a été plus loin en posant l’inconscient collectif et ses archétypes. C’est d’ailleurs lui qui a introduit le mandala créatif en occident et osé l’expérimenter sur ses patients.
• Des enjeux de pouvoir se profilent derrière les différentes approches de guérison qui font école, et il est important de rappeler la subjectivité de l’appréciation des uns et des autres car la souffrance psychique n’est pas objectivable.
• Aucune thérapie ne peut réellement être neutre, car la notion même de neutralité est un repère de normalité, porteur d’une forme d’aliénation. La normalité est une affaire éminemment personnelle, que l’art remet en question au nom d’une liberté extraordinaire, celle de l’expression.
• Beaucoup d’artistes pourraient être classés comme schizophrènes. Tenter de les ramener à des repères de normalité, tuerait leur talent puisque la folie est leur source même d’inspiration. La thérapie serait donc pour eux un danger…
• La guérison par la vision de beauté la guérison par l'art, se trouve dans l’art et la liberté d’expression qu’elles offre et non dans la thérapie en elle-même.
• La guérison par la vision de beauté ne tente pas de libérer l’artiste de sa schizophrénie, bien au contraire, elle l’amène plutôt à conscientiser la singularité des données de sa réalité pour libérer sa créativité en harmonie avec son environnement.
• Chaque être vivant fait partie de la biodiversité de la création, par les nuances de sa lumière

• Les nuances de couleurs qui caractérisent sa distinction s’imprègnent dans la fresque de l’Humanité, une œuvre en perpétuel mouvement d’évolution.
• La thérapeutique inscrite dans un processus d’éveillance, n’est pas plus importante que la mise en situation de la personne et la veillance de l’accompagnateur, afin d’amener la personne ou le groupe à libérer sa créativité et trouver le plaisir de contacter son être créateur.

Repères de la guérison

À quel repère normatif de guérison une approche thérapeutique se réfère t’elle et comment assumer la prétention qu’elle porte, au regard du rapport de pouvoir qui s’établit entre le thérapeute et le patient, dont la vulnérabilité se déclare au moment même où il franchit le seuil de la porte ? Et là, ce n’est pas tant l’approche thérapeutique en elle-même qui importe que l’approche humaine du thérapeute.
Qu’est-ce-que l’on entend par guérison ?
• La guérison est entendu ici comme un apaisement de la souffrance psychique, certes, mais notons au passage qu’un grand nombre d’artistes talentueux avaient une sorte de folie créatrice sans laquelle ils ne seraient plus rien, plus rien qu’un robot normalisé. La souffrance doit être reconnue, accueillie puis transcendée dans l’acte créateur. Elle est souvent une simple carence en vitamine C, ...comme créativité
• C’est pourquoi la guérison par l'art peut être à mon sens un outil pernicieux si elle se réfère uniquement aux repères normatifs édictés par une approche thérapeutique classique qui considère qu’il existe un repère dit de neutralité.
• Aucune approche ne peut être neutre, puisqu’elle se réfère à un système de croyance, précisément la neutralité. La neutralité est une prise de position, un repère aliénant qui s’impose comme un étendard à partir duquel la personne pourrait se repositionner librement. En ce sens, l’induction peut être aussi un repère pas plus dangereux que la neutralité si elle est posée en tant que repère d’appui sujet à remise en question.

L'approche du coeur

Lorsque le guérisseur, appelé ici le thérapeute ou plus spécifiquement l'art-thérapeute, est simplement là pleinement présent à lui-même et à l’autre, dans une réelle écoute, comme il aimerait l’être, et une authenticité d’être, d’être humain sollicité pour accompagner son semblable, alors il se voit dans le miroir de l’autre. L’autre est une facette de lui-même, il se reconnaît dans sa souffrance parce que la souffrance appartient à toute l’Humanité. À partir de là, l’écoute devient sincère.
• La vulnérabilité de l’autre renvoie à la sienne. L’art-thérapeute n’est pas dans la position de celui qui sait mais de celui qui est. Qui est là. Non pas dans la juste distance mais dans la juste proximité d’être. Avec ses peurs et celles de l’autre entremêlées. Et il respire et invite l’autre à respirer d’abord profondément puis plus lentement, jusqu’à l’apaisement.
• L’apaisement ouvre le cœur à l’amour, car l’amour est l’énergie auquel l’art-thérapeute d’éveil fait appel pour accompagner dans le voyage au cœur de la création picturale. Le repère de normalité n’est alors plus lié à une projection, au fantasme d’un idéal du genre humain vers lequel il veut ramener l’autre, alors que lui-même porte aussi une souffrance retenue. Le repère devient le présent.
  • • L’art-thérapeute d’éveil accompagne en pleine présence à tout ce qui le traverse, restant vigileant à l'égard des projections suscitées par la peur. Il sait s'observer et puiser sa beauté dans la conscience de sa laideur qu'il ose montrer avec pudeur. L'accompagnement se fait ainsi dans la juste proximité (l'amour) et non dans la juste distance (la peur).
  • • À partir de là, la personne que l'art-thérapeute accompagne, peut se reconnaître en lui, se sentir rassurée, et s’autoriser à s’exprimer librement, sans comparaison avec autrui
  • • Lorsque la personne trouve les conditions requises pour s’exprimer librement, sans retenue, l’élan de beauté inhérent à l’acte créatif, déclenche un plaisir profond, qui peut faire naître la graine de la guérison. La guérison consiste à accueillir pleinement sa réalité telle qu’elle est, et faire de sa vie une œuvre d’art où l’ombre et la lumière s’harmonisent.
    • Il n’est pas utile de triturer indéfiniment son histoire personnelle et d’en faire une nourriture pour passer son temps à ruminer, la guérison ne viendra jamais de cette façon, bien au contraire. Il s’agit juste de mettre de la couleur sur son histoire pour la voir en pleine lumière.
    • Bien voir son histoire, permet de s’y relier par le cœur et offre un peu de répit au mental qui tend à alimenter la souffrance en croyant pouvoir modifier le passé par la rumination. Il est essentiel que la personne comprenne que le passé ne peut plus se modifier, qu’il est juste possible d’y revenir en conscience pour voir ce qui s’est passé, certes, mais pour mieux revenir au présent. Y revenir avec une plus grande compréhension et une juste vigilance, pour s’éveiller et poursuivre son chemin dans la joie d’être vivant.

    Guérir par la beauté

    Depuis l’histoire de l’Humanité, la beauté n’a cessé d’exercer chez l’être humain un pouvoir indéniable d’attraction et de fascination.
    • De toutes les espèces vivantes, il semblerait que nous soyons les seules à détenir la faculté d’appréciation et de contemplation de ce mystérieux attribut de la Création.
    • Cette capacité à percevoir la beauté par le biais de notre sensibilité émotionnelle, avec l’assentiment tacite du mental, du vital et de l’émotionnel, est une force extraordinaire qui participe simultanément à notre évolution intérieure et à la communion de notre espèce, au-delà de tout sectarisme, qu’il soit religieux, politique, culturel ou autre.
    • Dans sa vérité naturelle, la beauté n’est pas un sujet de polémique. Elle est universelle et reste le patrimoine, tacitement reconnu, de l’Humanité. Chacun peut y puiser de quoi apaiser momentanément son arthrose existentielle.
    • La beauté ne répond pas expressément à un besoin vital, certes, et pourtant, l’inutilité apparente de sa fonction ne saurait faire l’objet de discussion, tant l’être humain reconnaît, de toute évidence, son dépassement face à la suprématie de la beauté, accordée en grâce par le mystère de la Création. La beauté est essentielle et son pouvoir réside dans la liberté qu’elle recèle à l’égard de l’utilité.
    • La présence princière de la beauté s’avère essentielle. Elle nourrit royalement la sensibilité émotionnelle et artistique de toute l’Humanité. Son absence rendrait nos vies si fades, que même les intégristes radicaux la réclameraient, ne serait-ce que pour donner sens à leur laideur… La beauté se manifeste généreusement à travers tous nos sens, et l’agréable mouvement émotionnel qu’elle suscite tend à anesthésier notre douleur existentielle. Voilà pourquoi elle ne saurait être un simple vernis d’apparat, destiné à agrémenter notre perception de la réalité, comme nos préjugés pourraient l’insuffler dans nos moments de solitude abyssale.
    La beauté se perçoit par tous les sens et invite aussi bien à une contemplation participative qu’à une identification-fusion où, à travers la vision de la lumière du Créateur, l’âme devient visible dans toute la splendeur de sa mystérieuse beauté.
  • La beauté est un miroir où se mire l’œil qui ne peut se voir lui-même.
  • La beauté porte une énergie d’appréciation de la vie qui s’avère essentielle. La privation de celle-ci amènerait une nuit redoutable dans le cœur de l’Humanité. Une nuit égale à l’état dépressif que nous connaissons dans les moments de grande déprime, et qui se caractérise précisément par une altération sensorielle de la capacité d’appréciation de la beauté et de son agréable rayonnement lumineux.
    • Miroir du raffinement de la Création qui semble être là spécifiquement pour nous, les êtres humains, la beauté est tout ce qui est ressenti et reconnu en tant que manifestation transcendante de la Création. Que cette manifestation soit matérielle ou spirituelle, l’émotion d’appréciation, voire de désir, que suscite la puissance magnétique de la beauté, stimule les sens et génère un état d’adéquation entre l’être psychologique et l’être créateur (spirituel), mettant l’âme en lumière, face au miroir de sa vérité créatrice.
    • Une sorte d’appel à l’union naît de la vision de Beauté. La beauté se reflète en nous et irradie toutes les parties sombres de notre être. Cette énergie d’appréciation suscite une émotion d’amour qui apaise la peur existentielle du chaos originelle, dont la méconnaissance de sa vérité provoque un sentiment de laideur.
    Guérison et environnement Le processus de guérison psychique se déclenche lorsque la personne reconnait et voit la beauté dans son tableau. Même si les couleurs lui semblent sombres, elle sait désormais que l’ombre est indispensable à la lumière

    L’authentique guérison

    L’absence de comparaison et l'accueil de la beauté sont des signe non négligeable de guérison. L’authentique guérison naît de l’absence de comparaison et de compétition, cultivée trop souvent par un environnement social et familial que la personne fragile n’a pas toujours la force mentale d’accueillir en toute liberté.
    • Lorsque la personne ne se sent pas reconnue et valorisée par la société et la famille, elle cultivera inévitablement un sentiment de rejet et d’abandon et vivra cela comme une injustice. Elle cultivera une rébellion sourde ou exprimée, qui peut se traduire par une maladie ou de l’agressivité. À fortiori si cette rébellion n’est pas canalisée dans un conduit d’expression artistique.
    • La société et la famille ne sont-elles pas censées être le refuge d’accueil de la personne venue sur terre vivre sa vie ? Si ce rapport est compliqué, et que la personne ne s’est pas sentie suffisamment encouragée pour cultiver ses potentialités créatrices, elle ira nécessairement chercher refuge ailleurs. Mais où ? Qui va l’accueillir ? Se sentira-t-elle en paix dans un nouvel environnement social et familial ? Elle sera toujours fuyante ou agressive et ira trouver refuge dans la souffrance, une compagnie fidèle qu’elle entretiendra… avec soin.
    • Il ne suffit pas de donner un système de croyance à une personne, une éducation laïque ou religieuse, par exemple, comme on donnerait une sucette à un enfant, pour apaiser sa souffrance existentielle.
  • L’être humain porte au fond de lui-même une exigence autre, édictée par sa nature profonde, fondamentalement libre.
  • Ainsi est-ce dans la liberté que l’être humain s’épanouit authentiquement.
    • Une éducation basée sincèrement sur la liberté d’être, de penser et d’agir à la lumière du respect réel des valeurs humaines qui nous caractérisent, ne peut qu’apaiser la personne de ses peurs existentielles et libérer sa créativité.
    • L’expression artistique, en l’occurrence picturale, se présente certainement comme un refuge, une terre d’asile, un royaume intime où la personne peut se sentir accueillie par elle-même, en toute liberté d’être. Elle peut y exprimer sa révolte, sa colère, son espérance et sa joie, et gérer son territoire sans que rien ne la freine, si ce n’est son propre regard et, éventuellement, son rapport à la technicité.